L’acteur politique Tchadien, NOUBATESSEM JONATHAN BOGUYANA s’interroge sur la commémoration de la fête du travail au Tchad. En citant la devise du Tchad : Unité-Travail-Progrès, le Chef du parti CDF, lance: 1er mai: quelle fête pour quel travail ?
L’intégralité du message
Si on a des difficultés à réaliser l’unité, qu’en est-il du travail. Un bref état des lieux, non exhaustif, juste dans trois domaines :
Primo, pour commencer par le commencement, quelle valeur donne-t-on au travail dans nos milieux scolaires ? Le constat est amer : baisse générale de niveau, plus prononcée dans les établissements publics. Les causes sont connues, recensées et documentées avec précision : manque d’enseignants qualifiés, de matériels didactiques, d’infrastructures normalisées..
Sauf que les gouvernants préfèrent regarder ailleurs. La baisse de niveau n’est malheureusement pas le fait des seules institutions étatiques; la morale publique a sa part de responsabilité ; en effet, il n’est pas rare que des élèves, voire des parents, utilisent des moyens peu orthodoxes pour obtenir de notes falsifiées, préférant ainsi la facilité au travail laborieux.
Deuxio, la fonction publique elle-même n’est pas du tout une source de motivation pour le travail bien fait. Comment en effet les enfants seraient-ils appelés à donner de la considération au travail quand ils ont sous leurs yeux des exemples d’inégalités si criardes?
De personnes qui ne brillent pas par leurs qualités de travail exceptionnelles jouissent d’avantages matériels sans commune mesure avec leurs salaires tandis que d’honnêtes travailleurs consciencieux vont à la retraite miséreux après avoir tout donné de leur énergie.
Ici aussi le tort n’incombe pas qu’à l’Etat: il n’est pas rare d’entendre les usagers se plaindre, à tort ou à raison, de l’incompétence de tel enseignant, ou du mauvais comportement de telle sage-femme…
Tertio, du côté du monde rural, le constat n’est guère plus reluisant. Si ce ne sont pas les moyens de production (bœufs d’attelage) qui sont volés, ce sont les produits du travail qui sont détruits au travers d’interminables et insolubles conflits agriculteurs-éleveurs. Face au désarroi, les jeunes paysans n’ont pas trop de choix: tandis que certains consument leurs forces de travail dans de l’alcool frelaté, d’autres s’adonnent à des aventures illusoires à la recherche de l’or.
Je proposerais quelques pistes pour restaurer la valeur du travail, telle qu’elle existait chez nos parents.
Pour le domaine scolaire, il suffira au gouvernement d’actualiser et d’appliquer les résolutions pertinentes des états généraux de l’éducation et de l’enquête parlementaire sur le systèmeéducatif. Il y a des écoles confesssionnelles qui s’en sortent plutôt bien; les exemples sont donc à porter de main pour redresser l’école. Faire respecter la valeur du travail à l’école, c’est attaquer le problème à la racine. Les enfants qui grandiront avec ces valeurs les reproduiront naturellement dans leurs activités d’adultes.
Du côté de la fonction publique, nous avons tous été témoins des hommes et femmes de bonne volonté qui ont su redresser les choses dans leurs secteurs. C’est dire que restaurer la valeur du travail dans la fonction publique n’est pas impossible. Il suffit d’un peu de volonté politique. Il faudra surtout distinguer la fonction politique de la fonction technique. Le politique doit garantir un bon cadre et se limiter à cela; pour le reste, on doit nommer les hommes qu’il faut à la place qu’il faut et surtout les laisser faire leur travail. L’autorité de l’Etat devrait ensuite réguler les choses de manière à récompenser les plus méritants et sanctionner les indélicats.
Pour ce qui est du monde rural, la deuxième strophe de notre hymne national fixe le cadre naturel général : « race du nord et ses troupeaux immenses; race du sud qui cultive les champs ». Pour nous fédéralistes, voilà les pôles économiques globalement définis. Le manque d’eau dans le sahel ayant fait pousser le bétail vers le sud, il suffira d’utiliser les ressources qu’il faut pour aménager des ouvrages hydraulique dans les pâturages et faire remonter le bétail. On aura ainsi résolu en grande partie le conflit agriculteurs-éleveurs et créé de pôles économiques complémentaires. Il ne restera plus qu’à créer des unités industrielles de transformation agricole ou pastorale dans les zones correspondantes, trouver des débouchés commerciaux et ainsi créer de l’emploi pour tous.
Par ailleurs, pour conserver la force de travail des jeunes dans le monde rural, l’Etat devrait imposer son autorité par rapport à certains phenomènes sociétaux: interdiction complète de boissons frelatées (Nguerek) et, comme dans nos sociétés d’antan, interdiction de vente et consommation d’alcool pendant les heures de travaux champêtres.
Pour finir, je proposerais des pistes pour promouvoir le travail en général dans l’esprit des jeunes:
- Mettre les artistes à contribution pour faire des productions (musique, théâtre…) relatives au travail qui seront vulgarisées sur différents médias, y compris les réseaux sociaux;
- Mettre les dirigeants religieux à contribution pour la même cause;
- Réaliser des documentaires sur les travailleurs qui se distinguent particulièrement : grands agriculteurs, éleveurs ayant beaucoup de bétails bien entretenus, meilleurs enseignants…et publier ces documentaires dans les médias et les faire suivre dans les écoles…
- Pourquoi nos rues et infrastructures ne porteraient-ils pas les noms de meilleurs cotonculteurs, meilleurs éleveurs de chameaux…?
Voilà presentées quelques réflexions générales et sans doute incomplètes à l’occasion de cette journée du travail. Les contributions de différents spécialistes de différents domaines sont les bienvenues.
Peuple tchadien, debout et à l’ouvrage.
NOUBATESSEM JONATHAN, Acteur politique.



