La polémique autour de la sortie de la Ministre Secrétaire Générale du Gouvernement qui s’est emportée publiquement contre les chefs traditionnels et coutumiers qui n’ont pas répondu à son invitation alors même que ces derniers assistent les populations à faire leurs deuils après un conflit intercommunautaire meurtrier, pose véritablement le problème de subordination entre l’administration et ses auxiliaires et la manière de gérer les conflits.
Si au vu de la loi, les chefs traditionnels et coutumiers sont les auxiliaires de l’administration publique, pour les populations, ce sont les autorités morales et les gardiens des us et costumes. Leurs communautés s’identifient à eux et l’apaisement social dépend en grande partie de la manière dont l’administration les traite en public. A certaines circonstances comme celle de deuil collectif après des affrontements intercommunautaires, il faut savoir ménager entre les contraintes administratives et politiques, et la médiation sociale.
Les contraintes administratives veulent que, dans des moments d’urgence, les auxiliaires de l’administration soient disponibles et à la disposition de l’administration pour répercuter les mesures prises au niveau central sur les populations. Mais pour que ces derniers soient disposés à accompagner les représentants de l’administration dans leurs tâches, durant les moments de forte tension sociale, il y a des codes à respecter qui peuvent faciliter les démarches d’apaisement.
A la place du Ministre Secrétaire Général du Gouvernement, après le constat de l’absence des chefs traditionnels à la réunion publique, un initié en politique et en administration publique aurait reporté la cérémonie pour quelques jours et prendra l’initiative d’aller visiter les chefs traditionnels chez eux. Profiter de l’occasion pour leur rendre condoléances et assister ceux qui sont blessés. Seulement après être rassuré que ces derniers sont en état physiologique et physique de participer à une réunion, que la procédure de rencontre sera engagée.
Face à la population et à leurs autorités morales, il faut faire de la politique et de la médiation sociale. Il ne sert à rien de vociférer publiquement son mécontentement, si ce n’est qu’accentuer la méfiance entre l’administration et ses auxiliaires. Contrairement aux fonctionnaires, l’autorité des chefs traditionnels et coutumiers, bien que consolidée par un acte administratif, ne découle pas d’une bénédiction politique, mais d’une légitimité historique, religieuse et traditionnelle. Cela leur confère une grande influence sur le terrain qu’il faut en prendre compte dans les moments décisifs.
