L’appel présidentiel du 11 août 2026 à l’investissement privé ne portera ses fruits qu’à condition de lever les verrous fiscaux et d’abolir l’absurde barrière de l’expérience exigée aux jeunes diplômés.
L’injonction politique, aussi légitime soit-elle, se heurte inévitablement au mur des réalités économiques. En désignant le patronat local comme le moteur prioritaire de la création de richesses et d’emplois, le message présidentiel prend une orientation stratégique juste, tirant les leçons des limites du secteur public et de la dépendance pétrolière. Cependant, demander aux entrepreneurs de recruter massivement sans alléger une fiscalité étouffante, le coût élevé du crédit et le déficit chronique d’infrastructures revient à leur transférer une responsabilité collective sans leur octroyer les leviers d’action indispensables.
Parallèlement à ces contraintes patronales, l’insertion de la jeunesse souffre d’un contresens systémique : l’exigence quasi systématique d’années d’expérience pour des postes pourtant accessibles aux débutants. En conditionnant le premier emploi à un vécu professionnel préalable que les jeunes diplômés ne peuvent physiquement pas posséder, le marché du travail tchadien entretient un cercle vicieux paralysant. Sans une incitation ferme à valoriser les stages rémunérés, le mentorat et l’alternance, la promesse d’une jeunesse motrice du développement reste bloquée aux portes des entreprises.
Pour dépasser cette impasse, la réponse ne peut être purement déclarative ; elle exige la conclusion d’un pacte concret d’engagements réciproques entre l’État, le patronat et la jeunesse. L’État doit offrir un cadre réglementaire assaini et des crédits d’impôt aux PME qui recrutent des juniors ; les entreprises doivent assouplir leurs critères d’embauche et investir dans la formation interne ; les jeunes, de leur côté, doivent s’engager dans la qualification continue et l’initiative entrepreneuriale. C’est dans ce croisement des responsabilités que réside la seule trajectoire crédible pour dynamiser le marché du travail.
En somme, la volonté politique tracée le 11 août indique la bonne direction, mais elle s’épuisera rapidement si elle ne s’incarne pas dans des réformes budgétaires et administratives immédiates. L’avenir de la jeunesse tchadienne ne se construira pas sur des vœux pieux, mais sur des politiques publiques courageuses capables de débloquer l’initiative privée. Sans cette conversion méthodique de l’incantation en action, l’appel présidentiel restera une belle intention — une promesse qui risque de retomber comme une pluie sans rivière, nourrissant l’espoir sans irriguer l’emploi.

