Le Tchad est officiellement multipartiste depuis la Conférence Nationale Souveraine de 1993. La loi N°45 du 14 décembre 1994 encadre les partis politiques. Il y a plus de 200 partis légalement enregistrés depuis l’ère démocratique. Mais l’avènement du régime MPS version Deby fils, le multipartisme est vidé de son rôle de contre-pouvoir. Il devient un décor et un champ de bataille juridique. Les faits de ces derniers jours le prouvent. Notamment la dissolution du GCAP et l’arrestation de ses leaders. La question que l’on se pose: est-ce que le pouvoir de Mahamat Kaka considère l’opposition comme un partenaire de la démocratie ou comme une menace pour la stabilité ?
Que constate-t-on après cinq ans de règne de Mahamat Idriss Deby Itno ? A l’annonce de la mort du feu président Idriss Deby Itno en avril 2021, beaucoup des observateurs de la cène politique Tchadienne avaient enfin espéré à l’exercice véritable de la démocratie. Mais malheureusement, deux ordonnances jugées liberticides signées par le président Mahamat Idriss Deby Itno en août 2024, restreint l’espace d’expression politique, civile et sociale. Toutes les initiatives pour une manifestation pacifique sont interdites et les auteurs placés sur la liste rouge ou réprimés.
Or, en décembre 1990, avec l’arrivée du mouvement patriotique du salut (MPS), l’idée du multipartisme était de faire une diversité politique, associative pour que chaque courant d’idée peut créer un parti et participer à la gouvernance. L’idée était aussi de permettre de changer le pouvoir par les urnes. Mais 36 ans après, tout est contraire. Tout bascule maintenant vers le parti unique.
Dans une démocratie, l’opposition joue le rôle de contre-pouvoir et contrôle l’action du gouvernement. Ce qui permet au pouvoir de juger et corriger ses actions publiques. Depuis le début de la gouvernance de Deby fils, le débat public semble fermé. Toutes les voix discordantes sont réprimées et les auteurs arrêtés, intimidés voire assassinés. Aujourd’hui avec l’incarcération du leader du parti Les Transformateurs Dr Masra Succès, l’assassinat de l’opposant Yaya Dillo Djerou Betchi du PSF, la dissolution du GCAP et l’arrestation de ses leaders sont des signaux qui marquent la possibilité du retour du parti unique.
Si le régime opte de réduire et fermer l’espace de concertation et d’expression plurielle, c’est que la démocratie est morte, le multipartisme devient une coquille vide. Il ne sert à rien de crier que le Tchad est une République démocratique. Pour faire la gestion de sang de Tchadiens, le régime MPS peut à toute tranquillité decreter le parti unique. Si le multipartisme sert à donner une légitimité internationale et constitutionnelle, il serait avantageux au régime de laisser quand même une marge d’expression aux opposants. Comme au temps de Ngarta Tombalbaye et Hissein Habré quand l’opposition devient gênante, il l’efface pour gagner du temps. Ce qui fut fait. Mais les conséquences restent d’actualité.



