La Maison d’arrêt de Klessoum fait face à un théâtre, inacceptable. La Gendarmerie et les forces de sécurité ont découvert un véritable arsenal numérique : 425 téléphones, des Starlink, ordinateurs, armes blanches, machettes et une importante quantité de stupéfiants dont des « colos ».
Une fouille inopinée, supervisée par les directeurs généraux de la Police et de la Gendarmerie nationale, en présence du 1er substitut du Procureur du (TGI) Tribunal de Grande Instance de N’Djaména, a interpellé le directeur de la prison et ses agents, appelant à plus de rigueur pour éviter la récidive.
L’objectif des autorités est clair : assainir le milieu carcéral et renforcer la sécurité dans les prisons. Mais ce sinistre constat n’est pas nouveau. Il se répète. Très souvent, on récupère des téléphones avec les prisonniers de Klessoum. Les mêmes faits se reproduisent. Et personne ne semble vraiment comprendre ou vouloir comprendre le pourquoi.
Comment les téléphones entrent-ils, encore et encore ?

La réponse est simple, mais elle dérange : les téléphones passent par les parloirs, où des visiteurs complices les dissimulent ; ils sont projetés par-dessus les murs avec des raquettes ou des balles de tennis ; ils sont acheminés par drones, surtout la nuit. Et parfois, ils sont apportés par le personnel pénitentiaire lui-même, corrompu ou négligent. Le directeur de Klessoum et ses agents ont été interpellés ce matin. Ce n’est pas un détail. C’est un signal.
Pourquoi le phénomène se répète-t-il ?
Parce que le système est défaillant. Les surveillants seraient en nombre nettement insuffisant pour assurer le maintien de l’ordre. La prison est surpeuplée, ce qui facilite la circulation d’objets interdits. Les fouilles ne sont pas systématiques : depuis 2009, elles doivent être justifiées, pas automatiques. Les parloirs ne sont pas contrôlés avec rigueur. Aucune mesure technique n’est mise en place : pas de brouilleurs de réseau, pas de détection de drones, pas de contrôles renforcés.
Et surtout : la corruption semble rampante. Le directeur et ses agents interpellés ? Un signe que le maillon interne est fragile, voire brisé.
Les conséquences sont dangereuses
Les détenus poursuivent leurs trafics depuis leur cellule : escroqueries, arnaques à la population. Ils organisent des évasions, indiquent leur position en transfert, coordonnent des sorties. Ils diffusent des photos de surveillants, les menacent. Ils troquent des téléphones contre nourriture, tabac, drogue. Le désordre s’installe. La sécurité du personnel est compromise. Le système pénitentiaire perd sa crédibilité.
Ce que cela révèle vraiment

Le fait que 425 téléphones soient saisis en une seule fouille « inopinée » alors que les mêmes faits se produisent régulièrement montre trois réalités :
Les contrôles habituels sont trop faibles ou compromis.
Les autorités agissent en réaction (fouille surprise) plutôt qu’en prévention durable.
Il manque une stratégie globale : renforcement des effectifs, fouilles systématiques, contrôle des parloirs, détection drones, brouillage réseau, sanction de la corruption.
Il faut agir maintenant
Tant que les causes structurelles ne seront pas traitées, les mêmes faits continueront de se produire. Klessoum n’est pas une prison à part. C’est le miroir de tout le système pénitentiaire tchadien.
Nous ne pouvons plus accepter que des détenus continuent de trafiquer, de menacer, d’organiser des évasions depuis l’intérieur. Nous ne pouvons plus accepter que le personnel pénitentiaire soit corrompu, négligent, ou sous-effectif. Nous ne pouvons plus accepter que les autorités ne réagissent qu’en urgence, après des saisies massives, au lieu de prévenir.
Assainir le milieu carcéral ne se fait pas avec une seule fouille. Cela se fait avec une stratégie claire, des effectifs suffisants, des contrôles rigoureux, des sanctions contre la corruption, et des mesures techniques modernes.
Klessoum est une bombe à retardement. Et si nous ne l’éteignons pas maintenant, elle explosera avec des conséquences encore plus graves.
Le système pénitentiaire tchadien doit être réformé. Pas demain. Aujourd’hui.
La rédaction

