Santé au Tchad : entre médicaments informels, défis structurels et attentes des citoyens

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AUTOMÉDICATION

Au Tchad, la question de l’accès aux médicaments et de la qualité des soins suscite un débat croissant au sein de la population, des professionnels de santé et des acteurs du secteur. Préoccupé par cette situation, Tropical Infos a contacté le Dr Alladoukam Neloumra, docteur en pharmacie, afin de recueillir son analyse sur ces difficultés. Ce dernier appelle à une compréhension approfondie des réalités du terrain avant toute proposition de solution.


Un phénomène aux causes multiples


Selon le Dr Alladoukam Neloumra, le recours à l’automédication et aux médicaments vendus dans les circuits informels s’explique par plusieurs facteurs : le coût des consultations, l’éloignement ou l’insuffisance de certaines structures sanitaires, la disponibilité rapide des produits et le manque d’information sur les risques liés à leur consommation.


Les vendeurs informels, communément appelés « Tchoukou », sont souvent perçus comme plus accessibles, accueillants et moins chers. Toutefois, le pharmacien rappelle que l’usage de médicaments sans diagnostic, sans prescription et sans conditions de conservation appropriées peut retarder la prise en charge réelle d’une maladie et aggraver l’état du patient.


Des interrogations sur la chaîne d’approvisionnement


Le Dr Alladoukam Neloumra soulève également des questions sur la circulation des médicaments. Il interroge notamment la présence de produits similaires à ceux des structures sanitaires dans les circuits informels, ainsi que les conditions dans lesquelles certains établissements ou personnels s’approvisionnent.


Selon ses observations, certaines questions méritent d’être examinées concernant le contrôle de la qualité des produits, la fiscalité appliquée aux médicaments importés et les modalités de leur entrée sur le territoire national. Les conditions de stockage et de conservation constituent, selon lui, un autre point de vigilance, notamment dans un contexte où la chaleur et les ruptures de la chaîne du froid peuvent affecter l’efficacité de certains produits.


Des structures sous pression
Le docteur en pharmacie relève également les contraintes auxquelles font face plusieurs structures sanitaires : insuffisance du plateau technique, difficultés liées au personnel et aux équipements, ainsi qu’une capacité d’accueil limitée. Dans certaines familles, la prise en charge d’un malade repose encore sur des contributions collectives, ce qui illustre, selon lui, les difficultés d’accès financier aux soins.


La formation des personnels de santé est également au centre de ses préoccupations. Il questionne la qualité de l’enseignement de la pharmacologie et de la gestion des médicaments dans certaines écoles de santé, alors que ces compétences sont essentielles pour garantir un usage sûr des produits pharmaceutiques.


Des professionnels partagés entre contraintes et engagement


Le Dr Alladoukam Neloumra reconnaît que le secteur compte des professionnels qui, malgré les difficultés, continuent d’assurer leur mission dans des conditions parfois éprouvantes. Selon lui, leur engagement met en lumière la nécessité de renforcer les moyens humains, matériels et institutionnels du système de santé.


Il estime qu’une meilleure coordination entre les autorités, les structures sanitaires, les pharmaciens, les contrôleurs et la population pourrait contribuer à améliorer la situation. La sensibilisation du public, le renforcement des contrôles, l’amélioration de l’accès aux soins et la formation des personnels figurent parmi les pistes qu’il propose.


Une attente forte de la population
Au-delà des débats techniques, l’attente des citoyens reste, selon le Dr Alladoukam Neloumra, simple : avoir accès à des médicaments de qualité, à des soins abordables et à un personnel compétent. La question de la santé dépasse ainsi le cadre médical pour devenir un enjeu social, économique et institutionnel.


Pour le pharmacien, la recherche de solutions passe par une compréhension fine des réalités du terrain, un dialogue entre tous les acteurs et une évaluation régulière des politiques de santé. Le défi est désormais de transformer les constats en actions concrètes, au bénéfice de l’ensemble de la population tchadienne.

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