La crispation politique et la contre-attaque de l’armée tchadienne contre Boko Harma au Lac Tchad défraient la chronique cette semaine.
« Respirer ou s’éteindre », écrit l’éditorialiste de N’Djaména Hebdo. Notre confrère fait ici clairement allusion au contexte politique délétère actuel qui n’offre que ces deux possibilités au choix aux citoyens face au « pouvoir qui embastille les voix critiques ». Ainsi, soutient L’Observateur, avec les « arrestations et condamnations des 8 opposants (ex- GCAP) au Tchad, l’opposition est bâillonnée ».
Du coup, « le climat politique est très défavorable à l’exercice de la démocratie », clame Mahamat Zen Chérif, président du parti Tchad Uni à L’Observateur. Pour décrisper ce climat politique, « le leader du parti Tchad Uni exige la libération des leaders de l’opposition démocratique et un dialogue politique. D’ailleurs, plaide aussi Me Bongoro Théophile, président du Parti pour le Rassemblement et l’Equité au Tchad (PRET), « les charges ne sont pas du tout établies à l’encontre de ces gens, et donc ils vont purement et simplement être acquittés en appel », rapporte ce même journal. Toutefois, poursuit-il, « si ce n’est pas le cas, aussitôt après la condamnation au niveau de la Cour d’Appel, il faut que le président de la République leur accorde la grâce à afin que la démocratie puisse respirer à plein poumon au Tchad ».
A ce sujet, Dr Allah Ridy, président du Groupement des socioprofessionnels du MPS, rassure dans les colonnes du journal Le Visionnaire, en ces termes : « la paix est un acquis fragile. Mahamat Idriss Déby Itno est un homme de paix. Il saura ramener ces acteurs autour de lui pour que chacun apporte sa pierre à l’édifice ». Dans le même journal, Dr Succès Masra, à travers un message qui transcende les murs de sa prison, à l’occasion de la célébration de 8 ans d’existence de son parti, exhorte le pouvoir à changer de cap. Il rappelle que la véritable stabilité du Tchad ne naitra pas de l’exclusion, mais d’une équation simple : la justice plus l’égalité ». Ces propos du leader du Parti Les Transformateurs ont inspiré Le Visionnaire qui titre à sa Une : « Dr Succès Masra, mendiant de la paix ».
Mais N’Djaména Hebdo fait savoir que la stratégie qui consiste à faire taire l’opposition ne date pas d’aujourd’hui. « Trente ans de pouvoir militaire personnalisé ont laissé un pays fatigué, mais pas brisé. L’occasion historique d’une transition réelle existait. Elle a été manquée. A la place, l’héritier durcit ce dont il aurait dû alléger le poids ». De ce fait, « le mandat présidentiel est rallongé à sept ans et libéré de toute limite. Le pénal absorbe ce que le débat politique devrait régler : Yaya Dillo abattu en février 2024, Succès Masra condamné à vingt ans de prison en août 2025. Les leaders de l’ex-Gcap condamnés à huit ans de prison le 8 mai 2026. La nationalité, elle-même devient une sanction administrative pour les voix critiques en exil », regrette N’Djaména Hebdo. A cela s’ajoute « la guerre soudanaise qui déborde à l’Est du pays avec son cortège de réfugiés, ses frappes de drone. Boko Haram frappe à l’Ouest : ses attaques meurtrières des 4 et 6 mai 2026 dans la Province du Lac. Dans ce paysage, fermer l’espace politique est une faute grave », se lamente N’Djaména Hebdo.
En représailles aux attaques meurtrières de Boko Haram, signale le quotidien Le Progrès, « l’armée tchadienne intensifie ses frappes dans le Lac. Drones et avions de chasse traquent les terroristes ». Mais selon le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, cité par le journal TchadInfos, des frappes menées par l’aviation tchadienne contre Boko Haram auraient occasionné des pertes civiles. Il a demandé l’ouverture d’enquêtes « rapides, approfondies, indépendantes et impartiales » pour situer les responsabilités. Faux, réfute le ministre de la Communication, Porte-parole du gouvernement Gassim Chérif Mahamat dans le journal L’Info. D’après lui, il n’y avait « ni civils ni pêcheurs » dans les zones visées. Les opérations aériennes ne visent que les combattants de Boko Haram », a-t-il déclaré à la Une de ce quotidien gouvernemental.
D’ailleurs, affirme le Porte-parole du gouvernement qu’aucune preuve tangible ne confirme ces accusations. Toutefois, le gouvernement est disposé à diligenter des investigations et à accueillir d’éventuelles missions internationales afin d’établir les faits », temporise le ministre cité par L’Info.
Dans tous les cas, « face à une menace terroriste, le journal Le Regard invite les Tchadiens à faire bloc derrière les forces de défense et de sécurité engagées sur le terrain dans les conditions extrêmes ». En ce sens, renseigne ce même confrère, « les commerçants proches du MPS ont offert plusieurs tonnes de vivres aux soldats du Lac ». Mais L’Observateur se demande, « geste de solidarité est un don du cœur ou une opération de charme ? ».
En tout état de cause, analyse L’Observateur lui-même, « cette manière de faire ressemble bien plus, à une opération de charme pour séduire le chef de l’Etat et montrer qu’on est à ses côtés dans les moments tragiques que traverse notre pays ».
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