Cette semaine, nos confrères décryptent le message du chef de l’Etat à la nation du 31 décembre 2025 et les perspectives pour l’année 2026. « Que nous réserve 2026 ? ». C’est la manchette du journal N’Djaména Hebdo qui peint carrément en noir le bilan politique de l’année écoulée dans presque tous les secteurs de la vie publique.
A cette question, le journal Le Visionnaire et l’hebdomadaire L’Info, devenu désormais quotidien avec son n° 1011 du 5 janvier 2026, avancent des réponses contradictoires.Pour Le Visionnaire, « 2026 : l’année de tous les possibles ou de tous les périls».
Le fait précurseur du danger, alerte-t-il, est « le clivage religieux qui refait surface au Tchad ». Et « les étudiants chrétiens de l’Ecole nationale supérieure des technologies de l’information et de la communication d’Amdjarass en paient déjà le prix ». Ainsi, raconte le journal Le Visionnaire, « tout est parti d’une initiative festive des étudiants chrétiens qui ont convié leurs camarades musulmans à célébrer ensemble le réveillon du nouvel an. Ces derniers ont poliment décliné, arguant que cette fête ne faisait pas partie de leurs traditions. Cette réponse a surpris les initiateurs et suscité une violente altercation entre les deux parties, jusqu’à dégénérer en bagarre rangée ayant fait six blessés ».
Mais ce genre d’incidents nous rappelle ce journal, avait mis le feu aux poudres d’une guerre fratricide en 1979.Qu’à cela ne tienne, L’Info rétorque en titrant à sa Une : « L’an 2026 : un Tchad tourné désormais vers le progrès ». A cet effet, affirme ce journal gouvernemental, « le Tchad est tourné vers la modernisation de ses réseaux électriques pour assurer la permanence de l’énergie et le transfert effectif des compétences et des ressources pour rendre autonomes les collectivités décentralisées ; garantir une justice équitable, lutter contre la corruption en mettant en place des mécanismes pour assainir l’administration publique, etc. ».
L’Info reprend ici point par point les perspectives développées par Mahamat Idriss Déby Itno dans son adresse à la nation à la veille de l’an 2026. A en croire N’Djaména Hebdo, « ce message axé sur le bilan politique, des promesses économiques et des appels à la cohésion nationale du bout des lèvres », a laissé pantois plus d’un Tchadien. D’après cet hebdo, « le commun des Tchadiens attend de son président, une déclaration précise axée sur des sujets qui touchent à son quotidien immédiat. Il pense en réalité, « à la décrispation de la tension politique ; aux vacances forcées du Groupe de Concertation des Acteurs Politiques (GCAP) de la scène politique ; à l’incarcération depuis plus de 7 mois de l’opposant Succès Masra et de nombreux compatriotes qui croupissent en prison ; à la colère des enseignants et médecins qui réclament l’application de leurs statuts révisés ; aux pharmacies vides des hôpitaux et aux centres de santé aux lits grinçants ; à la cherté de vie devenue insupportable, etc. ». Que nenni ! En somme, « Mahamat Kaka dresse un bilan à somme nulle, mais qui vise à légitimer son pouvoir », conclut N’Djaména Hebdo.
Mais Le Visionnaire ne met pas cet échec patent du gouvernement de Allah-Maye II qui se veut « une équipe d’actions et de résultats », à l’actif de tous ses membres. Il distingue parmi les ministres, « les visages de réussite et les symboles de l’échec ». Dans le premier camp, ceux qui ont insufflé un souffle nouveau à leur département en 2025, apparaissent à sa Une, les visages de : Dr Tom Erdimi de l’Enseignement supérieur. « Véritable « maestro » des réformes, il a porté la restructuration de l’Université virtuelle du Tchad et la création de trois nouvelles universités (Bongor, Faya, Bol) et d’un institut (Massakory), renforçant ainsi la décentralisation éducative », expose notre confrère ; Dr Abdoulaye Sabre Fadoul, des Affaires étrangères, nous apprend-il, « a maintenu le Tchad sur la scène internationale. Sous son impulsion, « le pays a participé aux grands sommets et accueilli la Semaine des investisseurs de la CEMAC, dialogue avec l’Union européenne, etc. » ; et Hamid Tahir Nguilin des Finances a marqué l’année par la régulation des salaires, le remboursement des dettes intérieures et la modernisation des comptes publics », selon Le Visionnaire.« Les ministres négatifs ou symboles de l’échec ».
Sur cette liste figurent : Mahamat Assileck Halata de l’Urbanisme est placé par Le Visionnaire, en tête de liste pour attribution illicite de terrains et des soupçons de détournement dans le projet de la digue de Walia » ; quant à Gassim Cherif Mahamat de la Communication, d’après notre confrère, il est jugé « distrait et « naïf ». Et « ses interventions maladroites après certains conflits locaux ont terni l’image du gouvernement » ; et enfin Limane Mahamat de l’administration du territoire, lui aussi a été critiqué pour des nominations jugées discriminatoires et surtout, blâmé pour des propos tenus lors du conflit de Mandakao, perçus comme attisant les tensions communautaires », rapporte Le Visionnaire. De ce qui précède, « Mahamat Idriss Déby Itno a le pain sur la planche pour redresser son bilan à somme nulle », analyse N’Djaména Hebdo.
Alphonse Dokalyo