Tchad : La crise de Miski, résultat de décennies d’éducation à la guerre
L’embrasement du site d’orpaillage de Miski n’étonne plus personne à N’Djamena. Le Borkou-Ennedi-Tibesti (BET) reste, jusqu’à aujourd’hui, une zone de non-droit. Et si le pouvoir peine aujourd’hui à y rétablir l’ordre, c’est parce qu’il récolte ce qu’il a semé depuis Ngarta Tombalbaye.
L’éblouissement de l’or de Miski a encore viré au bain de sang. Et cela n’étonne plus personne. Le BET, d’une manière générale, demeure jusqu’à ce jour une zone de non-droit. La preuve la plus accablante vient de l’intérieur même du régime.
Le premier Vice-Premier Ministre, Liman Mahamat, a lui-même déclaré qu’aucune juridiction n’y a jamais été véritablement établie. Par cet aveu, il vient de confirmer ce que les populations du nord crient depuis des décennies : le BET est un État dans un État.
Une zone où la vie humaine ne vaut rien.
De Ngarta Tombalbaye à Mahamat Idriss Déby Itno, en passant par Félix Malloum, Goukouni Weddeye et Idriss Déby Itno, la zone septentrionale a toujours été traitée de la même manière. Une zone où la vie humaine n’a pas de valeur. Où l’on protège mieux les animaux du désert que les hommes qui y vivent.
Le pouvoir central n’y apparaît que sous deux formes : pour signer un accord quand la rébellion gronde, ou pour envoyer l’armée quand l’or attire trop de convoitises.
Combien d’accords pour rien ?
Combien d’accords de paix ont été signés pour le Tibesti sans jamais être appliqués ? Sous le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno lui-même, le dernier accord en date a à peine un an. Celui du 20 avril 2025 avec le Comité d’autodéfense de Miski. Un accord qui reconnaissait déjà l’absence totale de l’État.
Alors, la question n’est pas : pourquoi Miski s’embrase aujourd’hui ? La vraie question est : comment Miski aurait-il pu ne pas s’embraser ?
Si aujourd’hui le régime essuie des sueurs froides pour rétablir l’ordre de l’État à Miski, c’est logique. C’est implacable. On ne peut que récolter ce que l’on a semé. Pendant des décennies, on a éduqué toute une génération à la guerre, à la survie par les armes, à la méfiance envers N’Djamena. On n’a jamais éduqué à la citoyenneté, à la justice, à l’école, à l’hôpital.
Le dialogue n’a pas marché. Parce que les accords ne sont jamais suivis d’écoles, de tribunaux, de routes. La force n’a pas marché. Parce qu’on ne peut pas occuper militairement une région grande comme la moitié de la France éternellement.
Alors, qu’est-ce qu’il reste à faire ? Il reste à tenter ce qui n’a jamais été tenté à Miski : l’État. Le vrai. Pas l’État qui vient chercher l’or. L’État qui vient apporter un juge de paix, un médecin, un enseignant, un acte de naissance. L’État qui considère qu’un enfant de Miski vaut autant qu’un enfant de N’Djamena.
Tant que Miski sera vu comme une mine d’or à sécuriser et non comme une population tchadienne à servir, la prochaine crise n’est qu’une question de mois.
Mourabé Deshaline