TCHAD: Départ massif à la retraite sans relève, l’école tchadienne au bord de l’implosion
Le Tchad envoie chaque année des centaines d’enseignants à la retraite, mais sans organiser la relève. Une hémorragie silencieuse qui laisse un vide béant dans un système éducatif déjà à genoux.
Le constat est alarmant. En 2026 seulement, plus de 1 500 enseignants ont été admis à faire valoir leurs droits à la retraite sur toute l’étendue du territoire. Et 2027 ne s’annonce pas mieux : rien que pour cette première vague, 417 enseignants viennent d’être notifiés pour le départ à la retraitte. Ce chiffre ne prend pas en compte les décès en cours d’année, nombreux dans la profession, les enseignants déclarés invalides ou inaptes, les départs volontaires et les abandons. Donc, ce sont près de 2 000 postes enseignants qui se vident chaque année, sans être remplacés.
Dans les provinces comme dans les quartiers périphériques de N’Djaména, la réalité est la même : des écoles à cycle complet avec 2 ou 3 enseignants seulement, des classes de 100 à 150 élèves laissées à elles-mêmes, des directeurs obligés d’enseigner dans 3 niveaux à la fois. Comment peut-on parler de refondation de l’école tchadienne quand la base même, l’enseignant, disparaît ?
La refondation promise par les autorités ne peut se faire avec des discours. Elle a besoin de craie, de tableaux et surtout d’enseignants formés, motivés et en nombre suffisant. C’est une bombe en retardement. Si aucune politique urgente de recrutement massif et de formation initiale des enseignants n’est lancée le taux d’alphabétisation, déjà l’un des plus faibles au monde, va continuer de chuter, les écoles communautaires et les maîtres parents prendront le dessus, avec tout ce que cela implique en termes de qualité, la fracture éducative entre N’Djaména et l’intérieur du pays va s’aggraver.
Former un enseignant prend 2 à 3 ans. Mettre un enseignant à la retraite prend une signature. Le Tchad a choisi la deuxième option sans préparer la première. L’école ne s’effondre pas, elle est en train d’être vidée de l’intérieur. Faut-il geler les départs à la retraite en attendant la relève, ou lancer un recrutement d’urgence de 5000 enseignants ?