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Au Tchad, des milliers de jeunes diplômés peinent à intégrer la fonction publique et/ou trouver un emploi malgré leurs qualifications. Témoignages d’exclus et analyses d’universitaires confirment que l’appartenance clanique, régionale ou politique l’emporte souvent sur le mérite. Cette réalité fragilise l’efficacité de l’État et la confiance des citoyens.
Chaque année, les universités tchadiennes et étrangères forment des juristes, économistes, ingénieurs et spécialistes de l’administration publique… Nombre d’entre eux espèrent mettre leurs compétences au service de l’État. Sur le terrain, cette insertion bute cependant sur des logiques de réseau.
« J’ai un master en finances publiques. Je suis sans emploi depuis quatre ans. Pendant ce temps, j’ai vu des postes être occupés par des personnes sans qualification évidente, mais qui connaissaient quelqu’un au cabinet », confie un jeune diplômé rencontré dans les rues de N’Djamena, sous couvert d’anonymat. Son témoignage est représentatif de plusieurs cas recensés.
Une logique de fidélité plutôt que de compétence
Dans plusieurs ministères, le recrutement échappe aux procédures transparentes. Les concours existent, mais sont parfois vidés de leur substance par des nominations discrétionnaires, que des observateurs qualifient de « mérite politique ».
Conséquence : des services entiers manquent de personnels qualifiés aux postes clés. Dans la santé, l’éducation, l’économie ou la planification, des décisions stratégiques sont parfois prises par des responsables dont la légitimité repose davantage sur leur loyauté que sur leur expertise technique.
Le coût de l’écart entre mérite et réalité
Les conséquences sont multiples. Sur le plan humain, une partie de la jeunesse se détourne de l’excellence, convaincue que l’effort seul ne suffit pas. Sur le plan institutionnel, une administration dirigée par des non-spécialistes est plus lente, plus exposée aux erreurs et moins capable de porter des réformes. Sur le plan social, le ressentiment alimente une colère sourde.
« On ne peut pas construire un État moderne avec des logiques féodales. Si l’on continue à ignorer les compétences, on compromet l’avenir collectif », avertit un universitaire tchadien.
Des promesses encore peu suivies d’effets
La société civile et certains acteurs politiques réclament depuis des années une véritable politique de méritocratie et la dépolitisation des recrutements. Quelques ministères ont expérimenté des tests ou des appels à candidatures ouverts des initiatives saluées mais encore limitées.
Vers quelles solutions ?
Institutionaliser des concours transparents et indépendants, avec observateurs externes.
Publier les listes de postes, critères et résultats pour garantir la traçabilité.
Mettre en place des formations de montée en compétence pour les cadres recrutés.
Renforcer les contrôles parlementaires et la société civile sur les nominations.
Au-delà de l’emploi des jeunes, l’enjeu est la crédibilité de l’État. Tant que la compétence ne retrouvera pas sa place dans les recrutements, le Tchad se privera des forces vives nécessaires à sa transformation. Placer les bonnes personnes aux bons postes n’est plus une option : c’est une urgence nationale.

