Lancé ce mardi 10 juin 2026 par le Premier Ministre Amb. Allah-Maye Halina, le 25ᵉ Forum Pharmaceutique International réunit à N’Djamena décideurs, experts et industriels du continent. Pendant 3 jours, ils planchent sur un défi vital : « Renforcer l’accès aux soins de santé : défis et opportunités liés à la production locale et à la pharmacie hospitalière ». Avec en toile de fond la leçon brutale du Covid-19 et la baisse des financements internationaux, le Tchad et l’Afrique veulent produire leurs propres médicaments. Discours ambitieux, mais le chemin reste semé d’obstacles.
1. N’Djamena, capitale de la « souveraineté sanitaire » le temps de 3 jours
C’est sous la très haute conduite du Président Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno que s’ouvre cette 25ᵉ édition. Le PM Allah-Maye Halina, en donnant le coup d’envoi, a porté le vœu du Chef de l’État : faire de ce forum « un cadre stratégique de réflexion et de propositions ». Message clair : l’urgence sanitaire impose à l’Afrique de produire.
Preuve du poids donné à l’événement : la présence inédite du Directeur Régional de l’OMS pour l’Afrique, Pr Mohamed Yakub Janabi. Il a planté le décor en conférence inaugurale : l’Afrique doit bâtir sa souveraineté en fabrication de médicaments. Une première dans l’histoire du FPI, saluée par le président du comité d’organisation, Dr Mahamat Haroun Badawi.
2. Un diagnostic sans fard : la dépendance tue
Le ministre de la Santé Publique et de la Prévention, Dr Abdelmadjid Abderahim, n’a pas tourné autour du pot. La pandémie de Covid-19 « a brutalement rappelé qu’aucun pays, aussi puissant soit-il, ne peut faire face seul ». Pire : elle a « révélé la fragilité des systèmes de santé et la dépendance excessive vis-à-vis de l’extérieur pour l’approvisionnement en médicaments ».
Avec la « rareté croissante des financements internationaux », le ministre martelle : il faut repenser les modèles. Pour lui, le thème du forum rejoint directement la vision présidentielle qui fait de la souveraineté sanitaire une « priorité absolue » à travers la production locale et le renforcement des capacités de riposte aux épidémies.
3. Les 3 chantiers sur la table
Selon les organisateurs, ces 72 heures de travaux doivent déboucher sur des solutions concrètes autour de 3 axes :
Accès aux médicaments de qualité : comment éviter les ruptures dans les hôpitaux et officines ?
Régulation pharmaceutique : renforcer les agences comme l’ANRP pour contrôler ce qui entre et ce qui est produit localement.
Formation et innovation : former des pharmaciens cliniciens, techniciens de labo, et stimuler la recherche africaine.
Le président de l’inter-ordre des pharmaciens, Dr Moustapha, a insisté : « L’Afrique doit s’unir pour créer des innovations stratégiques, se libérer du retard accusé et préserver sa souveraineté pharmaceutique ». Traduction : l’union fait la force, et la force fait l’usine.
4. Entre promesses et réalité du terrain
Le gouvernement s’engage. Le PM a assuré que l’Exécutif « mettra en œuvre les conclusions de ce forum ». Sous Maréchal Déby, le Tchad « poursuit ses réformes engagées en faveur du développement du secteur pharmaceutique ».
Mais le défi est de taille. Construire une unité de production aux normes OMS/GMP coûte des dizaines de millions de dollars. Il faut de l’électricité stable, de l’eau, des techniciens qualifiés. Et même en produisant local, l’Afrique reste dépendante des matières premières actives « API » importées à 80% de Chine et d’Inde. Sans compter la « pharmacie hospitalière » : à quoi sert de produire si les hôpitaux de district n’ont ni chaîne du froid ni pharmacien ?
Le FPI 2026 s’est conclu par des prix d’excellence, dont un prix spécial remis au Président Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno pour son combat en faveur du secteur. Symbole fort, mais symbolique seulement.
Dans 6 mois, l’Afrique jugera ce forum sur les actes : budget voté, usine lancée, décret signé, pharmacien recruté. Car comme l’a rappelé le PM, « les populations africaines attendent des réponses à leurs sollicitations en médicaments de qualité ». Le discours est lancé. Maintenant, il faut fabriquer les comprimés. Les malades n’attend pas.
