La dissolution du GCAP (groupe de concertation des acteurs politiques), l’interdiction de la manifestation pacifique du 02 mai et l’arrestation des chefs des partis politiques membres du GCAP viennent confirmer la marche du Tchad vers le parti unique.
Selon le communiqué n°003 du Ministère de la Sécurité Publique du jeudi 24 avril 2026, les activités du GCAP sont nulles, le GCAP est illégal. Comment qualifier un regroupement d’illégal ? Si l’État même n’est pas illégal ? En mettant en garde les leaders du GCAP sous prétexte préserver l’ordre public, le gouvernement à une fois de plus durci le ton contre l’opposition. Pour une partie de la classe politique, cette nouvelle « restriction des voix discordantes conduite le Tchad dans une dictature implacable.
Depuis 2021, le Tchad vit une transition. La Constitution de 2023 garantit le multipartisme et la liberté de manifestation, art. 27 et 28. Pourtant, plusieurs partis et plateformes ont été suspendus ou dissous par voie judiciaire. Les Transformateurs en 2022, après les évènements du 20 octobre. Le PSF en 2024, après l’assassinat de son président Yaya Dillo Djerou Betchi. Le GCAP vient d’entrer dans le lot ce 24 avril 2026 par Arrêt n°002/CS/CA/SC/2026.
Le Ministère invoque la loi : « Nul n’est au-dessus des textes ». Les organisateurs de marches invoquent la Constitution : « Le peuple est souverain ». Entre les deux, la rue s’interroge : « Peut-on encore faire de la politique au Tchad sans risquer les rigueurs de la loi ? » Depuis le début de la transition, aucune manifestation ou marche pacifique de l’opposition n’a été autorisée. « Si le pays était debout et stable, personne n’oserait manifester. Mais tous savent que le pays est paralysé, raison pour laquelle, les voix discordantes naissent », confie un observateur.
« Un pays ne peut pas se développer dans le désordre. Toute marche non autorisée est une porte ouverte aux dérapages. La loi est la même pour tous ». La société civile répond que l’ordre sans écoute devient « ordre imposé ». Un responsable associatif alerte : « Quand toutes les portes légales se ferment, la cocotte-minute explose. Étouffer la voix n’éteint pas la colère, elle la rend souterraine ».
Les Saintes écritures soulignent que « quand les justes se multiplient, le peuple est dans la joie ; quand le méchant domine, le peuple gémit « , Proverbes 29;2. Le contre-pouvoir n’est pas l’ennemi du pouvoir mais son miroire. Les restrictions continuent. À court terme, cela est un impératif de contenir le mouvements en révolte mais à long terme, c’est un risque d’explosion sociale car on ne gouverne pas longtemps un peuple contre lui-même.
Si la rue estime que toutes les voies légales sont fermées, elle invente ses propres voies. L’histoire du Tchad, de 1979 à 2021, montre que le silence imposé précède souvent le bruit des armes. Un pays ne meurt pas par excès de voix. Il meurt par excès de surdité. Restreindre les voix discordantes peut acheter du temps. Écouter les voix discordantes peut acheter l’avenir. Le Tchad de 2026 devra choisir : veut-il des sujets silencieux ou des citoyens debout ?



