Après l’annonce du ministre de l’éducation nationale, du bilinguisme et la promotion civique rendant l’arabe obligatoire dans les écoles tchadiennes, Noubatessem Jonathan Boguyana homme politique Tchadien s’interroge sur l’application de cette décision.
NOUBATESSEM JONATHAN BOGUYANA
Par la voix de son ministre de l’éducation, l’on apprend que le gouvernement voudrait faire avancer à coups de matraques l’enseignement de l’Arabe dans nos établissements.
La langue arabe, qui est devenue la langue véhiculaire de millions de Tchadiens, n’a pas pas besoin d’être ainsi imposée de manière brutale et tonitruante, sauf s’il y a un autre projet derrière ce ton si peu pédagogique.
La priorité est ailleurs : donnez-nous de l’eau en n’importe quelle langue, nous allons la boire; quelle que soit la langue par laquelle vous nous donnerez l’électricité, nous vous en remercierons; construisez-nous des routes en utilisant même le Mandarin, nous sommes preneurs.
Plus particulièrement, en matière d’éducation nationale, les priorités sont bien définies dans deux documents publics: les États généraux de l’éducation et l’enquête parlementaire sur le système éducatif; veuillez appliquer les résolutions de ces deux documents, nous serons largement avancés.
Pour revenir au débat sur les langues, au vu des réalités nationales et internationales, il faudrait élargir les réflexions et ne pas rester cloîtrés dans ce dualisme linguistique. Je vois deux axes de réflexion.
Primo, pour l’épanouissement international de notre nation, l’Anglais doit s’imposer naturellement.
En effet l’Anglais est la langue de la science par excellence en ce moment, et il est évident que la plupart de publications scientifiques demeureront hors de portée de nos étudiants et chercheurs tant qu’on ne valorisera pas cette langue chez nous, du moment que même les pays arabes font leurs recherches en Anglais. On ne peut pas continuer à se priver volontairement de toutes ces sources de savoirs si l’on veut vraiment avancer.
Dans le domaine du commerce, l’adhésion au Commonwealth, l’organisation des pays d’expression anglaise, nous permettra d’avoir de facilités commerciales dont bénéficient les pays membres de cette organisation. A ce propos, nous avons l’avantage d’être entourés par deux grands pays anglophones: le Nigéria et le Soudan, et plusieurs loin l’Égypte, l’Éthiopie…
Deuxio, il y a l’épanouissement culturel national. Le même article de la constitution qui désigne le Français et l’Arabe comme langues officielles exige aussi de l’Etat de créer les conditions de développement des langues nationales. Que fait-on de cet alinéa ? Nous voyons d’autres pays africains faire la promotion de leurs langues nationales et les faire parler à la télé : Wolof, Sango, Haoussa…pourquoi devrions-nous avoir honte de parler nos langues nationales à la télévision nationale?
Pourquoi ne pas faire la promotion de la langue Sara qui comprend de millions d’interlocuteurs au Tchad, en RCA, au Cameroun, au Nigéria? Pourquoi cette langue dispose-t-elle de temps d’antennes substanciels à la radio mais n’est jamais parlé à la télé comme d’autres langues africaines?
Pourquoi ne doit-on pas être fiers de la langue Gorane, parlée dans de vastes espaces du territoire nationale et au delà de nos frontières? Pourquoi n’est-elle pas valorisée? Lors de mes visites au nord-Kanem, personne n’y parle l’Arabe, tout le monde y parle Gorane: comment intégrer ces compatriotes dans la communauté nationale tout en négligeant la seule langue qu’ils connaissent?
Sait-on seulement que le Marba et la quatrième langue du Tchad en terme de nombre d’interlocuteurs? Pourquoi n’en fait-on pas la promotion comme l’exige la constitution?
Bref, pourquoi ne valorise-t-on pas les langues de nos terroirs.
Dans le projet fédéral que nous portons, le Français et l’Arabe ayant leur place, nous integrérons ces deux axes pour le développement socio-culturel et économique du Tchad : l’Anglais sera une langue officielle de l’Etat fédéral du Tchad ; chacun des huit futurs États fédérés choisira au moins une langue de son terroir comme langue officielle, pour son l’épanouissement culturel de sa population.
Pour le moment, nous invitons le gouvernement à se concentrer sur ce qui est vraiment prioritaire : le bien-être social des Tchadiens et une bonne répartition des richesses nationales.
Vive le Tchad fédéral.
NOUBATESSEM JONATHAN, Acteur politique



