Après la décision ministérielle du retrait de l’ eau de la société « C’est Bon », Beradingam Ben Alladoum Olivier, Consultant-Formateur en Entrepreneuriat, Éducation financière et Développement Durable donne une analyse de la décision.
Oui, la question se pose. Et elle doit être posée.Dans le contexte tchadien actuel, toute décision répressive contre un entrepreneur local mérite d’être analysée sous deux angles en même temps : l’angle technique et l’angle politique.
Les deux ne s’excluent pas.
L’angle technique : la décision est justifiable sur le papier. Le rapport du CECOQDA du 14 avril 2026 cite des non-conformités précises : pH, minéralisation, goût amer, hygiène. Si ces faits sont avérés, l’État a l’obligation de protéger la santé publique. L’article 47 de la loi sur la protection du consommateur l’y oblige. Donc techniquement, le Ministère est dans son rôle. Un gouvernement qui laisse passer une eau dangereuse serait accusé de complicité.

L’angle politique : quatre signaux qui alimentent la suspicion de règlement de compte. Voici pourquoi beaucoup d’opérateurs économiques lisent cette décision avec méfiance :
La brutalité de la sanction et la pédagogie. Le Ministère est passé directement au « retrait immédiat plus suspension totale » avec communiqué public. Pas d’avertissement, pas de mise en demeure de 15 jours, pas de fermeture partielle. Or pour d’autres unités à Bongor ou à Moundou, jugées « non conformes » en 2024-2025, le Ministère avait laissé 30 jours pour se mettre à niveau avant sanction. Pourquoi le traitement est-il différent pour « C’EST BON » ?
Le calendrier et la médiatisation.
Le communiqué sort un vendredi 17 avril, repris instantanément par trois médias. L’effet est maximal : destruction de la marque en 24h. Une sanction technique cherche à corriger. Une sanction médiatisée cherche à faire exemple. La question devient : faire exemple de quoi, et pour qui ?
Le contexte de concurrence.
Le marché de l’eau à N’Djamena est dominé par 2-3 gros acteurs, dont certains ont des actionnaires proches de cercles de pouvoir. Quand un nouvel entrant local comme « C’EST BON » prend des parts de marché en vendant plus, il dérange. Dans les chambres de commerce, plusieurs PME dénoncent depuis 2023 des « contrôles ciblés » dès qu’elles deviennent visibles. Le retrait de « C’EST BON » ressemble, pour elles, à un scénario connu.

L’absence de recours rapide. Une fois suspendu, l’entrepreneur tchadien n’a pas de juge administratif efficace pour contester en 48h. Le seul recours c’est de négocier politiquement. Cela crée une dépendance : pour rouvrir, il faut « voir quelqu’un ». C’est ce mécanisme qui transforme une sanction technique en levier de règlement de compte ou de racket.
Comment savoir si c’est politique ou juste technique ?
Trois hypothèses simples:
Hypothèse de cohérence: Le CECOQDA contrôle-t-il toutes les eaux avec la même sévérité cette semaine ? Si « C’EST BON » est seule visée alors que d’autres ont les mêmes défauts, c’est ciblé.
Hypothèse de proportionnalité: L’eau était-elle vraiment dangereuse à court terme ou seulement non-conforme ? Si le danger n’est pas immédiat, la fermeture totale sans préavis est disproportionnée.
Hypothèse de sortie: La levée de suspension sera-t-elle aussi rapide et publique que la sanction si l’entreprise se met aux normes en 10 jours ?
Si le Ministère traîne six mois après la mise en conformité, c’est que l’objectif n’était pas la qualité mais la fermeture.
Conclusion
Les deux hypothèses sont vraies en même temps.
Hypothèse 1: L’eau de « C’EST BON » avait de vrais problèmes. Le Ministère a fait son travail.
Hypothèse 2: Le Ministère a choisi « C’EST BON » comme cible parce que c’est un entrepreneur local, sans parapluie politique, et que sa croissance gênait quelqu’un.
Au Tchad en 2026, ces deux hypothèses coexistent souvent. Le drame des entrepreneurs locaux c’est que même quand ils ont tort techniquement, ils sont sanctionnés politiquement. Et même quand ils ont raison, ils ne sont pas protégés.
La seule défense pour « C’EST BON » maintenant: 1. Jouer à 100% la carte technique : se mettre aux normes plus vite que tout le monde et forcer le CECOQDA à constater.
2. Jouer la carte publique : publier ses nouvelles analyses et mettre le Ministère face à ses responsabilités : « On est prêt, vous levez quand ? »
3. Documenter chaque étape : si c’est un règlement de compte, il faut des preuves de bonne foi pour se défendre demain devant l’opinion ou un autre régime. Ne pas faire: tomber dans le discours « on m’en veut » sans d’abord prouver que l’eau est redevenue irréprochable. Sinon on donne raison à la sanction.
Beradingam Ben Alladoum Olivier, Consultant-Formateur en Entrepreneuriat, Éducation financière et Développement Durable.



