La visite du président de la République à Paris le 28 janvier dernier à l’invitation du président français défraie encore la chronique cette semaine. Radio CEFOD
« Humiliation totale pour Mahamat Idriss Déby Itno. Entre l’absence de tapis rouge et un comité d’accueil réduit au strict minimum, l’obligé de Paris a reçu un accueil au rabais en France », se gausse le journal Abba Garde. De plus, cet hebdomadaire, en citant les sources de la diplomatie tchadienne, affirme que « contrairement à ce que le club des griots du pouvoir a voulu faire avaler à l’opinion, c’est Mahamat Idriss Déby Itno qui a sollicité rencontrer Emmanuel Macron, et ce, depuis 8 mois ».
Mais n’en déplaise à Abba Garde, pour le quotidien Le Progrès, cette visite a permis à « N’Djaména et Paris de réchauffer leurs relations ». Mieux, elle a occasionné « le retour de Mahamat Kaka à la « maison du maitre », s’exclame L’Observateur qui publie à sa Une la photo du président tchadien accueilli chaleureusement au perron de l’Elysée par son homologue français. C’est donc « la revitalisation de la coopération franco-tchadienne », renchérit le journal gouvernemental L’Info.
Pour, N’Djaména Hebdo, derrière ces images protocolaires et des sourires de façade, ce rapprochement ne relève ni d’un retour d’affection diplomatique ni d’une vision stratégique partagée. Il procède d’une réalité plus brute : la France et le Tchad ont aujourd’hui davantage peur de tomber seuls que d’avancer ensemble ». D’après ce journal, « la France a été évincée du Mali, du Burkin Faso et du Niger. Considéré longtemps comme une zone d’influence de sa politique africaine, l’espace sahélien s’est ainsi refermé. Le Tchad apparaît comme le dernier verrou encore officiellement ouvert ». Mais « ce verrou est fissuré », alerte N’Djaména Hebdo.
Du côté tchadien, analyse L’Observateur, « après avoir tourné le dos à la France, au profit des pays arabes, de la Turquie, de la Hongrie et de la Russie sans retombées tangibles, le gouvernement tchadien fait aujourd’hui face aux foyers de crises sécuritaires venant, notamment des pays voisins à savoir le Soudan, la Lybie, le Niger et le Nigeria. C’est dans ce contexte d’insécurité aux frontières, que le journal Le Pays nous apprend la mort de Saïf al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, assassiné le 3 février 2026 en Libye. Au même moment, Tchadinfos nous informe « qu’une attaque terroriste perpétrée le mardi 3 février 2026 dans le village de Woro, dans l’État de Kwara au Nigeria au cours de laquelle au moins 162 civils innocents ont tragiquement perdu la vie. Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, à travers un communiqué relayé par notre confrère, condamne avec la plus grande fermeté cet « acte odieux et barbare ».
Et à l’intérieur du Tchad, le pays est confronté aux conflits communautaires et aux groupes rebelles. Sur le plan sociale, le pays fait face à la grogne sociale. « La grève des greffiers paralyse la justice, tandis que quatre magistrats sont révoqués et deux suspendus », rapporte le quotidien Le Progrès. Cette situation constitue une réelle menace pour le pouvoir de Mahamat Idriss Déby ». Et « c’est dans ce contexte que le rapprochement de Paris prend tout son sens », affirme N’Djaména Hebdo. « C’est donc un souverainiste bien affaibli qui vient retomber aux pieds de ses parrains de Paris », ironise Abba Garde. Ainsi donc, « le Tchad apparaît aux yeux N’Djaména Hebdo comme pivot fragile d’une Fançafrique recomposée ».
Selon Abba Garde, « les parrains de Paris sont aussi acculés par la trouille de voir un jour la grenade des secrets entre les deux pays se dégoupiller. La mystérieuse disparition du Maréchal Idriss Déby Itno, les innombrables morts des manifestants du 20 octobre 2022 (…) restés dans les placards de N’Djaména et Paris, ne sont pas de nature à rendre la tâche facile à la France, s’ils venaient à être dévoilés ».
De ce qui précède, « la vraie interrogation demeure donc entière : Paris cherche-t-elle encore à reconquérir le Sahel, ou se contente-t-elle désormais de retarder une recomposition géopolitique devenue inévitable, au prix d’un soutien accru à des régimes fragiles, eux-mêmes en quête de survie ? », se demande N’Djaména Hebdo.
Alphonse Dokalyo