Au Tchad, les grands rendez-vous républicains sont trop souvent rattrapés par les calculs politiciens. Le troisième Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH-3), lancé officiellement le 20 juin 2026, devait être un exercice purement technique, destiné à fournir des données fiables pour mieux planifier le développement du pays. Or, à l’approche de la fin du délai fixé pour le dénombrement, une mobilisation tardive des autorités donne l’impression d’un rattrapage de dernière minute plutôt que d’une véritable anticipation institutionnelle.
Sur le terrain, de nombreux observateurs relèvent encore des difficultés logistiques, des zones enclavées insuffisamment couvertes et une communication qui n’a pas toujours atteint les populations concernées. Pourtant, l’enjeu est majeur : un recensement national ne sert pas à afficher une performance politique, mais à mesurer la réalité démographique, sociale et économique du pays. Il doit permettre de mieux répartir les écoles, les hôpitaux, les routes et les services publics.
C’est précisément pourquoi toute perception de partialité ou d’improvisation fragilise la confiance des citoyens. Un RGPH n’est crédible que s’il est mené avec rigueur, transparence et équité sur l’ensemble du territoire. Le Tchad ne peut pas se permettre de transformer un outil statistique essentiel en instrument de positionnement politique.
Au lieu de se réveiller au dernier moment, l’État aurait gagné à garantir dès le départ une couverture complète, une logistique fiable et une communication de proximité. Car derrière les chiffres du recensement se joue bien plus qu’un simple relevé administratif : c’est la base même de la planification nationale et du développement futur.

